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Le prix d’une séance de thérapie : tarif, engagement et accessibilité

12 oct.
10 min de lecture


« Moi, je ne vais pas en thérapie, c’est trop cher. »

« De toute façon, c’est cher pour ce que c’est. »

« On paye, mais on n’est même pas sûr du résultat. »

« Pourquoi une séance coûte aussi cher ? »

« Si ce n’est pas remboursé, je ne peux pas me permettre d’y aller. »


Des phrases comme celles-ci reviennent régulièrement lorsqu’il est question de thérapie, d’hypnose et, plus largement, des pratiques thérapeutiques dont les tarifs ne sont pas directement fixés par l’État. Et c’est assez logique, car derrière cette question apparemment simple du prix se cachent en réalité plusieurs interrogations beaucoup plus profondes : l’accessibilité des soins, la valeur que l’on accorde à une pratique, l’engagement du patient/client, la motivation, la légitimité du thérapeute à demander une certaine somme, mais aussi la manière dont chacun conçoit son métier.


Combien doit coûter une séance ? Est-ce qu’une thérapie doit être accessible à tout le monde, quelles que soient ses ressources ? Est-ce qu’un tarif élevé favorise l’engagement ou constitue au contraire une barrière qui prive certaines personnes d’une aide dont elles auraient besoin ? Est-ce qu’une personne qui ne paie rien s’implique moins qu’une personne qui paie 200 francs ? Et surtout, où placer le curseur entre la nécessité de vivre correctement de son métier et la volonté de rendre celui-ci accessible au plus grand nombre ?


Je n’ai pas de réponse universelle à ces questions et je ne pense d’ailleurs pas qu’il en existe une. Chaque thérapeute finit par construire sa propre réponse en fonction de sa formation, de son expérience, de sa situation professionnelle, de sa conception du métier et, finalement, de ce qu’il considère comme juste.



Le prix et l’engagement

Une idée revient régulièrement lorsqu’on parle du coût d’une thérapie : ce que l’on paie aurait davantage de valeur à nos yeux. Il existe une certaine logique derrière cette idée, et nous savons notamment que les incitations financières peuvent influencer certains comportements liés à l’engagement dans les soins. Des travaux scientifiques montrent par exemple que des incitations financières peuvent augmenter la présence aux traitements et la réalisation de certains objectifs thérapeutiques.


Cela ne signifie évidemment pas que « plus une thérapie est chère, plus elle fonctionne », ce qui serait une conclusion beaucoup trop simpliste. Cela signifie simplement que l’argent peut effectivement constituer un facteur comportemental parmi d’autres et donc, dans certaines situations, un levier motivationnel possible.


Mais l’engagement thérapeutique ne se résume jamais à une transaction financière. Lorsqu’une personne prend rendez-vous pour une séance, elle engage également son temps : elle doit se déplacer, trouver un créneau dans son emploi du temps, parfois parler de choses difficiles, accepter de remettre en question certaines habitudes, expérimenter de nouvelles choses et, lorsque cela est nécessaire, revenir en consultation. Entre les séances, elle doit également pouvoir mettre en pratique certaines choses et poursuivre le travail commencé.


C’est d’ailleurs quelque chose que j’observe régulièrement dans ma pratique : une personne peut être très fortement engagée alors même qu’une partie importante du coût de ses séances est prise en charge par son assurance complémentaire. Le fait de ne pas payer l’intégralité de la séance ne signifie donc pas que l’on ne s’implique pas de manière systématique . Il existe un engagement temporel, personnel, mental et parfois émotionnel qui peut être bien plus important que la somme réellement versée au thérapeute.



Faut-il alors faire payer davantage pour favoriser l’engagement ?

Je ne le crois pas, ou en tout cas je ne pense pas que l’on puisse transformer cette idée en règle générale. Certains thérapeutes font pourtant volontairement le choix de ne pas recourir aux remboursements par les assurances complémentaires, notamment parce qu’ils considèrent que lorsque la personne paie directement la totalité de la séance, elle ressent davantage le coût de sa démarche et peut, de ce fait, être davantage engagée dans le changement qu’elle souhaite obtenir.


On retrouve même, dans certaines pratiques, l’idée de demander le paiement de plusieurs séances à l’avance, parfois en espèces, afin de rendre concrètement visible l’investissement financier consenti. L’idée est simple : «si j’ai réellement engagé une somme importante dans ma démarche, peut-être serai-je davantage engagé dans le changement que je souhaite obtenir.»


Ce raisonnement n’est pas absurde, mais il comporte une limite importante : l’argent n’a pas la même valeur pour tout le monde. Deux personnes peuvent payer exactement la même somme et ne pas faire le même effort financier. 200 francs ne représentent pas la même chose pour quelqu’un qui dispose de 10’000 chf de revenus mensuels que pour quelqu’un qui en dispose de 2’000. Dire qu’une séance est « chère » n’a donc finalement pas beaucoup de sens si l’on ne regarde pas également la situation de la personne qui la paie et c’est précisément là que la question du tarif devient aussi une question d’accessibilité.



« Ils n’ont qu’à économiser »

Il y a une réponse que l’on entend parfois lorsqu’on évoque le coût des soins : « Si la personne veut vraiment se soigner, elle n’a qu’à économiser et venir lorsqu’elle en aura les moyens. » Sur le papier, cela peut sembler raisonnable. Dans la réalité, je pense que c’est beaucoup plus compliqué, parce que le monde dans lequel nous vivons n’est pas un monde dans lequel chacun dispose systématiquement d’une marge financière suffisante pour mettre de côté quelques centaines de francs lorsqu’il rencontre une difficulté.


Certaines personnes peuvent effectivement économiser. Elles vont reporter leur démarche de quelques semaines ou de quelques mois, mettre l’argent de côté et finalement pouvoir consulter. D’autres ne le peuvent tout simplement pas. Après le loyer, les assurances, les impôts, les transports, l’alimentation, les enfants et les dépenses courantes, il ne reste parfois pas suffisamment d’argent pour constituer cette réserve.

Et dans ce cas, la personne peut simplement abandonner l’idée de consulter.


C’est une distinction qui me paraît fondamentale. Dire à quelqu’un « vous viendrez lorsque vous aurez économisé » suppose que cette personne aura réellement la possibilité d’économiser. Or, pour certaines personnes, ce n’est pas le cas. Elles ne mettront pas de côté 200 francs, elles ne prendront pas rendez-vous dans trois mois et elles ne trouveront pas miraculeusement une marge financière qui n’existe pas. Elles renonceront comme renoncent chaque jour nombre de personnes à se soigner.


Ce renoncement n’est pas nécessairement une question de motivation, de priorité ou d’importance accordée à leur problème. Il peut simplement être la conséquence d’une situation financière qui ne leur permet tout simplement pas de payer.


C’est précisément pour cette raison que je me méfie de l’idée selon laquelle une personne suffisamment motivée trouvera toujours un moyen de payer. C’est peut-être vrai pour une partie de la population, mais certainement pas pour tout le monde. Un thérapeute qui travaille quotidiennement avec des personnes réelles doit, à mon sens, garder cette réalité à l’esprit.



La santé n’est pas une utopie

Nous vivons dans un pays où la santé coûte cher, et même très cher. Les primes d’assurance maladie représentent déjà une dépense importante pour de nombreux ménages, auxquelles s’ajoutent les franchises, les participations, les médicaments, les soins dentaires, les consultations qui ne sont pas toujours couvertes et toutes les autres dépenses liées à la santé.


Dans ce contexte, demander plusieurs centaines de francs pour quelques séances peut représenter un véritable obstacle pour certaines personnes. Je pense qu’il faut avoir suffisamment les pieds sur terre pour le reconnaître. Il serait très confortable, depuis la position du professionnel, de dire : « Si cette personne veut vraiment aller mieux, elle trouvera l’argent. » Mais ce n’est pas toujours comme cela que fonctionne la vie.

Il y a des personnes qui renoncent à des soins parce qu’elles n’ont pas les moyens, des personnes qui repoussent une consultation et des personnes qui attendent que leur situation se dégrade davantage avant de chercher de l’aide. Il y a aussi des personnes qui ne consultent tout simplement pas. Ce n’est pas une conception très romantique de la santé, mais c’est la réalité.


Je ne pense donc pas que la question de l’accessibilité puisse être balayée d’un simple « si c’est important pour vous, vous trouverez bien l’argent ». Parce que, parfois, non : la personne ne trouvera pas l’argent et elle restera avec son problème.



L’accès aux soins devrait-il être le plus universel possible ?

Pour ma part, je pense que l’accès à la santé, y compris à la santé mentale, devrait être le plus universel possible. Cela ne signifie pas que tout devrait être gratuit, pas plus que cela ne signifie que les thérapeutes devraient travailler à perte ou renoncer à une rémunération correcte pour leur travail.


Il s’agit simplement de reconnaître qu’il existe une tension réelle entre deux nécessités légitimes. D’un côté, le thérapeute doit pouvoir vivre correctement de son métier, payer son cabinet, ses assurances, ses charges, ses formations, son matériel, ses outils administratifs, ses cotisations et l’ensemble des dépenses liées à son activité. Il doit également pouvoir être rémunéré pour son temps, son expérience et ses compétences.


De l’autre côté, le patient ou le client doit pouvoir avoir accès à une prise en charge sans que son revenu constitue systématiquement une barrière infranchissable. Il faut donc trouver un équilibre, et cet équilibre peut prendre des formes différentes selon les professionnels.



Pourquoi j’ai choisi de permettre le remboursement

En Suisse, nous avons la particularité de disposer de plusieurs organismes qui permettent, sous certaines conditions, la prise en charge de certaines thérapies complémentaires par les assurances complémentaires. Cette possibilité dépend notamment de la formation du praticien, de sa reconnaissance et des conditions prévues par l’assurance complémentaire du patient. C’est notamment le cas dans mon cabinet grâce à ma reconnaissance ASCA.


J’ai fait le choix de suivre les démarches nécessaires pour permettre cette possibilité de remboursement. Ce choix n’est pas simplement administratif : il correspond aussi à ma conception de l’accessibilité des soins.


Je préfère que la personne qui en a besoin puisse, lorsqu’elle dispose d’une assurance complémentaire qui le permet, récupérer une partie du montant de ses séances plutôt que de considérer que le remboursement nuit nécessairement à son engagement.


Est-ce que les personnes qui bénéficient d’un remboursement sont moins engagées ? Je ne peux évidemment pas tirer de conclusion scientifique générale à partir de ma seule pratique. En revanche, ce que je peux dire après plusieurs années d’exercice, c’est que je ne constate pas de différence nette dans l’engagement des personnes en fonction de la part qu’elles paient réellement de leur séance.


Certaines personnes très fortement investies sont remboursées, certaines personnes qui paient intégralement leur séance le sont moins, et inversement. L’engagement ne se résume manifestement pas seulement à la somme qui sort du portefeuille.



Ce que vous payez réellement lorsque vous payez une séance

Lorsque l’on regarde une séance d’hypnose affichée à 180 ou 200 francs, il peut être tentant de faire un calcul très simple : « 200 francs pour deux heures ? C’est beaucoup. » Pourtant, une séance n’est pas uniquement une ou deux heures passée dans un fauteuil avec un thérapeute.


Dans mon cas, les séances durent généralement entre une heure et deux heures, et il arrive exceptionnellement qu’elles soient encore plus longues. Mais le temps passé en présence du patient/client ne représente qu’une partie du travail qui se trouve derrière le rendez-vous.


Vous payez le temps de présence, mais aussi le temps de préparation lorsque celle-ci est nécessaire. Vous payez également le temps consacré après la séance : les notes, la gestion du dossier, la facturation, les éventuels documents transmis et toute la partie administrative qui accompagne le suivi. Vous payez aussi une formation, et cette formation est rarement terminée lorsque le praticien commence à recevoir ses premiers patients. Il y a ensuite la formation continue, qui accompagne normalement toute une carrière professionnelle.


Et puis il y a quelque chose de beaucoup plus difficile à comptabiliser : l’expérience.

Lorsque vous consultez un professionnel qui exerce depuis plusieurs années, vous ne payez pas uniquement le temps qu’il passe avec vous ce jour-là. Vous bénéficiez également des milliers de situations qu’il a déjà rencontrées, des erreurs qu’il a faites et dont il a appris, des situations complexes auxquelles il a été confronté, des méthodes qu’il a testées, des choses qu’il a appris à ne plus faire et de sa capacité à reconnaître plus rapidement certaines situations et à adapter son intervention en conséquence.


C’est le principe même de nombreux métiers : on ne rémunère pas uniquement le temps présent, on rémunère aussi ce qui a été construit avant ce temps présent.



L’hypnothérapie a aussi une particularité : elle tourne beaucoup

L’hypnothérapie est généralement présentée comme une thérapie brève. Cela signifie notamment que les patients ne viennent, dans la majorité des cas, que pour un nombre relativement limité de séances. C’est une bonne chose du point de vue thérapeutique : l’objectif n’est pas de créer une dépendance au thérapeute, mais au contraire d’aider progressivement la personne à retrouver ou à développer son autonomie. (Certains cas demandent aussi un accompagnement plus long et c'est tout à acceptable si le cadre est clair et bien établi.)


Mais cette caractéristique a également une conséquence économique. Une pratique fondée sur des suivis relativement courts implique un turnover important : les personnes arrivent, travaillent sur leur problématique, puis repartent. Il faut donc constamment accueillir de nouvelles personnes, et l’activité d’un cabinet peut être très hétérogène.

Une semaine peut être presque complète tandis que la suivante peut comporter plusieurs annulations ou simplement moins de demandes. Le thérapeute ne dispose pas nécessairement d’un volume constant de séances identiques chaque semaine. Le tarif doit donc également permettre au professionnel de faire fonctionner son activité sur la durée et pas uniquement de rémunérer l’heure passée dans le cabinet.


C’est une différence importante lorsqu’on compare le tarif d’une séance avec un simple salaire horaire.



Mais alors, pourquoi ne pas faire beaucoup moins cher ?

C’est une question parfaitement légitime, et certains thérapeutes font effectivement le choix de pratiquer à des tarifs beaucoup plus bas tandis que d’autres choisissent l’inverse. Il existe un marché, avec des prix très différents, et il serait naïf de prétendre que le prix d’une séance est déterminé uniquement par le coût réel du travail.

Comme dans beaucoup d’autres professions, le tarif dépend aussi de l’environnement professionnel, de la demande, de la localisation, de la formation, de l’expérience, du positionnement du praticien et du modèle économique du cabinet.


Faire une séance 50 ou 75 % moins chère que tous les autres praticiens peut être un choix parfaitement cohérent... Et faire trois, quatre ou dix fois plus cher peut également être un choix viable. À partir d’un certain niveau, cependant, une autre question apparaît : celle du positionnement. Est-ce encore simplement une pratique thérapeutique ou entre-t-on dans une logique de service haut de gamme, voire de « thérapie de luxe » ?


Il n’y a pas nécessairement de réponse universelle à cette question, mais il me semble important que chaque professionnel se la pose. Parce que fixer un tarif, ce n’est pas seulement déterminer combien vaut une heure de son temps : c’est aussi décider quelle place on souhaite donner à l’accessibilité dans sa pratique.



Et mes tarifs, dans tout ça ?

De mon côté, j’ai choisi de faire quelque chose de très simple : afficher clairement mes tarifs. Ils sont disponibles sur mon site internet directement dans le module de prise de rendez-vous, au moment où vous choisissez votre séance. Il n’y a donc pas de surprise au moment de la consultation : vous savez combien la séance coûte avant de prendre rendez-vous.


Et si votre assurance complémentaire le permet, vous pouvez également demander une facture destinée à votre assurance afin de bénéficier du remboursement prévu par votre contrat.


Ce système ne rend évidemment pas les séances gratuites et il ne prétend pas non plus résoudre à lui seul la question de l’accessibilité aux soins. Il correspond simplement au modèle que j’ai choisi : permettre à chacun de connaître clairement le prix de la démarche tout en donnant, lorsque cela est possible, une possibilité de remboursement.


Au fond, la question du tarif ne possède probablement pas une bonne réponse universelle. Elle oblige simplement chaque thérapeute à répondre à une question beaucoup plus personnelle : quel professionnel est-ce que je veux être, et quelle place est-ce que je souhaite donner à l’accessibilité dans ma pratique ? C’est à chacun d’entre nous d’y répondre.





Michaël Servage

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