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La « résistance » en thérapie n'existe pas : et si ce n'était qu'une protection légitime ?

Dernière mise à jour : 12 août


« Oui, mais pour lui, la thérapie n’a pas marché parce qu’il résistait. »

« Au fond, elle n’avait pas vraiment envie de changer. »

« Il fait un blocage, il n'est pas réceptif. »


Combien de fois entend-on ces phrases après un suivi qui stagne ? C’est un grand classique des discussions : lorsqu’un accompagnement n'avance pas, le mot tombe presque automatiquement comme un couperet : la résistance.


On s'imagine alors le patient/client comme une citadelle assiégée, luttant inconsciemment contre son propre mieux-être, ou pire, faisant preuve d'une mauvaise volonté dissimulée.

Pourtant, d’un point de vue clinique et neurobiologique, la résistance en thérapie est un mythe.


Partir du principe qu'un patient « ne veut pas vraiment changer » est non seulement une erreur diagnostique, mais c'est aussi le meilleur moyen de rater l'accompagnement.


Si vous êtes assis dans le fauteuil, c'est que vous voulez changer

Posez-vous une seconde la question : qui investit son temps, son énergie et son argent pour aller voir un praticien, s'asseoir dans un fauteuil et raconter ce qui ne va pas, simplement pour le plaisir de "résister" ? Personne.


Le simple fait de franchir la porte d'un cabinet est la preuve irréfutable d'une intention de changement. On peut certes questionner le contexte, les motivations secondaires ou l'environnement du patient, mais l'élan de départ est toujours sincère.


Si la démarche bloque par la suite, le problème ne vient pas d'un manque de volonté du patient. Il vient de ce que la thérapie est en train de toucher du doigt sans avoir sécurisé le terrain au préalable.


De Freud à Erickson : le changement de paradigme

Le concept de résistance est né avec la psychanalyse freudienne, qui le définissait comme l'ensemble des mécanismes s'opposant à la mise au jour de l'inconscient. Pendant longtemps, si la thérapie échouait, la responsabilité retombait implicitement sur les épaules du patient.


C'est le psychiatre Milton Erickson, pionnier de l'hypnose moderne, qui a renversé cette logique avec une phrase devenue célèbre : « La résistance est simplement le signe que le praticien utilise la mauvaise approche. »


Pour Erickson, le patient n'est jamais en faute. Si le système du patient se ferme, c'est que le thérapeute n'a pas trouvé la bonne clé, la bonne métaphore ou le bon rythme. La responsabilité de l'adaptation incombe entièrement à l'accompagnant, pas au consultant.


Le cas de l'hypnose : le mythe de la "réceptivité"

Cette idée reçue se retrouve massivement dans le domaine de l'hypnose, où l'on entend souvent : « Moi, je ne suis pas réceptif » ou « J'ai résisté à l'hypnose ».


D'un point de vue neurologique, la réceptivité à l'hypnose n'existe pas sous la forme d'un "don" que certains auraient et d'autres pas. L'état d'hypnose (la transe) est un état neurophysiologique naturel. C'est ce mode de fonctionnement cérébral dans lequel nous basculons tous plusieurs fois par jour : lorsque nous sommes absorbés par un livre, perdus dans nos pensées au volant, ou en train de fixer les flammes d'un feu. Tout le monde possède cette capacité biologique.


Alors, pourquoi l'expérience ne prend-elle pas parfois en cabinet ?

  • Une question de disponibilité : Il y a des jours où l'on n'est tout simplement pas disponible. Surcharge mentale, préoccupation extérieure, fatigue... Ce n'est pas un refus d'hypnose, c'est un état de saturation temporaire.

  • Une question de méthode : Le praticien a peut-être utilisé un langage, une posture ou un rythme qui ne correspondaient pas au fonctionnement cognitif de la personne à cet instant précis.

  • Une forme de communication : Si une personne décide sciemment de "bloquer" ou de garder le contrôle, ce n'est pas un échec. Cela devient un message direct envoyé au thérapeute. Cela peut signifier : "J'ai besoin de vérifier que je suis en sécurité ici avant de me laisser aller". Un bon praticien ne va pas forcer la porte : il va utiliser cette posture comme un matériau de travail d'une richesse immense.


Ce que l'on nomme « résistance » est une protection du système nerveux

Notre cerveau n'a pas été conçu pour nous rendre performants, il a été conçu pour assurer notre survie. Or, pour le système nerveux, l'inconnu est par définition perçu comme un danger potentiel.


Même une situation douloureuse (une anxiété chronique, une habitude toxique, un schéma d'évitement) possède un avantage immense pour la biologie : elle est connue, prévisible et maîtrisée.


Situation actuelle (douloureuse mais connue) -> Signal d'alarme face au changement -> Réaction de protection ("blocage")


À travers le prisme de la théorie polyvagale (Stephen Porges), lorsque le changement va trop vite ou menace un équilibre précaire, le système nerveux bascule en mode de défense :

  • Par l'hyper-activation : La rationalisation à outrance, le débat d'idées, la contestation des outils.

  • Par l'hypo-activation : Le figeage, la sensation de vide mental, le sentiment de "ne rien ressentir".


Ce n'est pas de la mauvaise foi. C'est le bouclier de la psyché qui s'active parce que la marche proposée est trop haute pour l'instant. Exiger d'un patient qu'il renonce à son symptôme sans avoir sécurisé ce que ce symptôme protégeait, c'est comme lui demander de sauter d'un train en marche sans parachute.


Conséquences pratiques : changer de posture

Quand on intègre que la résistance est une illusion, la thérapie cesse d'être un bras de fer pour devenir une coopération sur mesure.


Honorer la protection : Au lieu de lutter contre le blocage, le thérapeute l'accueille. Valider qu'une partie du patient a raison de se protéger permet de faire baisser immédiatement la pression artérielle et la tension nerveuse.


Réduire l'amplitude du changement : Si le système se ferme, c'est que l'objectif est trop vaste. On découpe l'objectif en micro-pas biologiquement acceptables.


S'adapter au canal du patient : Si l'hypnose formelle ne convient pas aujourd'hui, on passe par le dialogue stratégique, la métaphore ou le travail corporel. C'est l'outil qui s'adapte à l'humain, jamais l'inverse.


Ce que cela signifie pour vous en tant que consultant

Si vous avez déjà eu le sentiment de "bloquer" lors d'un suivi psychologique ou d'une séance d'hypnose, soyez rassuré :

  • Vous n'êtes pas un "mauvais patient" : Vous ne manquez pas de volonté et vous n'êtes pas "incapable" de changer.

  • Votre système fait son travail : Votre blocage est un indicateur précieux. Il dit simplement que votre besoin de sécurité ou de contrôle n'a pas encore été pleinement satisfait.

  • Le rythme vous appartient : Un véritable accompagnement ne consiste pas à vous forcer la main, mais à vous aider à négocier sereinement avec vos propres protections.


Une thérapie réussie n'est pas une conquête où le thérapeute gagne contre le symptôme. C'est un travail d'équipe où l'on avance au rythme de votre système nerveux, en respectant chaque garde-fou posé sur votre chemin. Dès lors que le cerveau se sent sincèrement en sécurité, le besoin de protection s'efface d'lui-même... et le changement devient naturel.




Michaël Servage

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