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Pourquoi votre cerveau invente des histoires quand il ne sait pas ?


« Je suis sûr que c’est à cause de ça. »« Je le sens, il y a un problème. »« Je sais ce qui va

se passer… »

Ces phrases, on les a tous prononcées, souvent avec une forme de certitude presque troublante. Et pourtant, si l’on prend un peu de recul, on se rend compte qu’elles reposent parfois sur… très peu de choses. Une impression, une sensation, un détail interprété. Comme si notre esprit refusait de rester dans le flou, comme s’il fallait absolument combler quelque chose.



Le cerveau peut-il vraiment tolérer le vide ?

Il existe une idée assez répandue selon laquelle « la nature a horreur du vide ». À l’origine, cette formulation vient de la philosophie antique (horror vacui), et elle décrivait le fait que le vide, dans la nature, serait spontanément comblé. Sur le plan physique moderne, cette idée est largement nuancée : le vide existe, et il n’est pas “rempli” de manière magique. En revanche, sur le plan psychologique, la métaphore reste étonnamment pertinente. Non pas parce que le vide serait impossible, mais parce que notre cerveau, lui, le tolère très mal.



Pourquoi le cerveau cherche-t-il à donner du sens en permanence ?

Le cerveau est une machine à donner du sens. D’un point de vue neurocognitif, il fonctionne en permanence comme un système de prédiction. Il ne se contente pas de recevoir des informations du monde extérieur : il les anticipe, les interprète, les complète. Ce que nous percevons n’est jamais une simple copie de la réalité, mais une construction active, un mélange entre ce qui est réellement perçu et ce qui est attendu, appris, imaginé.



Qu’est-ce que la confabulation exactement ?

C’est dans ce contexte qu’intervient un phénomène que l’on appelle la confabulation. Le terme vient du latin confabulare, qui signifie « converser, raconter ensemble ». En neurosciences, il désigne le fait de produire des souvenirs ou des explications sans intention de mentir, mais qui ne correspondent pas exactement à la réalité. Ce n’est pas une tromperie consciente, c’est une reconstruction. Le cerveau ne supporte pas l’absence d’information, alors il complète.

Dans certaines pathologies neurologiques, ce phénomène est très visible : des patients peuvent raconter des événements qui ne se sont jamais produits, tout en étant sincèrement convaincus de leur véracité. Mais sans aller jusque-là, nous confabulons tous, à des degrés plus subtils, dans notre vie quotidienne.



Pourquoi l’anxiété remplit-elle le futur avec des scénarios ?

Prenons l’exemple de l’anxiété face à l’avenir. L’avenir, par définition, est incertain. Il n’existe pas encore. Il n’y a donc, objectivement, rien à “savoir”. Et pourtant, notre cerveau va tenter de remplir ce vide. Il va projeter, anticiper, simuler. Il va construire des scénarios.



Pourquoi ces scénarios sont-ils souvent négatifs ?

Pourquoi ces scénarios sont-ils souvent négatifs ? En partie pour des raisons évolutives. Un cerveau qui anticipe le danger a, historiquement, plus de chances de survivre qu’un cerveau qui l’ignore. Cette tendance, qu’on appelle parfois biais de négativité, fait que nous accordons plus d’importance aux informations potentiellement menaçantes qu’aux informations neutres ou positives. Ce n’est pas un défaut moral, c’est une stratégie de survie devenue parfois disproportionnée dans notre environnement moderne.

Ainsi, face à une incertitude, le cerveau ne se contente pas de dire « je ne sais pas ». Il préfère dire « et si ça se passait mal ? ». Non pas parce que c’est vrai, mais parce que c’est une hypothèse qui lui semble utile. Le problème, c’est que cette hypothèse, répétée, imaginée, ressentie, peut finir par prendre la place d’une forme de réalité intérieure.



Nos souvenirs sont-ils vraiment fiables ?

Ce mécanisme ne concerne pas uniquement le futur. Il s’applique aussi au passé. Contrairement à une idée intuitive, nos souvenirs ne sont pas des enregistrements fidèles. Ils sont reconstruits à chaque rappel. À chaque fois que nous nous souvenons de quelque chose, nous ne faisons pas que “lire” une mémoire : nous la recréons, en y intégrant des éléments actuels, des émotions présentes, des interprétations nouvelles.

C’est ce qu’on appelle la reconsolidation de la mémoire. Chaque rappel est une réécriture partielle. Ce qui signifie que, avec le temps, un souvenir peut être modifié, enrichi, simplifié… voire déformé, sans que nous en ayons conscience. Là encore, le cerveau ne ment pas volontairement. Il ajuste, il organise, il donne du sens.



Quelles sont les conséquences dans notre quotidien ?

Et c’est là que les conséquences deviennent concrètes. Une interprétation erronée du passé peut influencer nos décisions présentes. Une projection anxieuse du futur peut limiter nos actions. Une hypothèse non vérifiée peut devenir une certitude intérieure. Petit à petit, ce que le cerveau a “inventé” pour combler un vide peut structurer notre manière de voir le monde.



Faut-il chercher à arrêter ce mécanisme ?

Faut-il pour autant chercher à supprimer ce mécanisme ? Probablement pas. Il est profondément inscrit dans notre fonctionnement. Sans lui, nous serions incapables d’anticiper, d’apprendre, de relier les événements entre eux. Mais il devient intéressant d’en prendre conscience.

Se rappeler que penser n’est pas toujours savoir. Que ressentir n’est pas toujours comprendre. Et que derrière certaines de nos certitudes, il y a peut-être simplement une tentative de notre cerveau de faire ce qu’il fait le mieux : éviter le vide en racontant une histoire.



Et si le vrai levier, c’était d’accepter de ne pas savoir ?

À partir de là, une autre posture devient possible. Une posture un peu plus nuancée, un peu plus ouverte, qui consiste parfois à accepter de ne pas savoir immédiatement. À laisser une place au flou sans chercher à le remplir trop vite. À vérifier plutôt qu’à supposer.

Parce qu’au fond, la question n’est pas d’arrêter de raconter des histoires. Elle est de savoir reconnaître quand nous sommes en train de le faire.





Michaël Servage

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